Reportage à la résidence étudiante Saint-Léger – Vie confinée : à la rencontre des étudiants « fantômes »

« C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 », regrettait Emmanuel Macron. Et en 2021 ?

Les mesures annoncées la semaine dernière, tels les repas à un euro ou le « chèque psy », restent bien faibles au regard de la situation vécu par des centaines de milliers d’étudiants. Entre isolement, système D et solidarité, des étudiants de la Résidence St-Léger, témoignent d’un quotidien douloureux, une souffrance tue mais bien réelle, et un avenir incertain.

Salissou, 26 ans, en service civique à l’Industreet.

« À la résidence, on a bénéficié d’un important soutien de la part de plusieurs associations. Les bénévoles de la Maison pour tous du quartier du Maroc nous ont beaucoup aidés par exemple. Pendant le premier confinement, nous avons recensé
toutes les personnes en difficultés. Puis, par la suite,-je suis devenu assesseur auprès du Crous, c’est-à-dire que je suis en charge de centraliser les problèmes que les résidents rencontraient mais également d’être un référent pour prévenir et rassurer les étudiants concernés.

Deux fois par semaine, j’appelais les 165 résidents, et à l’aide d’un formulaire, je m’assurais que tout allait bien de leur côté. Nous avons reçu beaucoup d’aide de la part de l’UEAF de Paris 8. Ils venaient nous livrer des colis alimentaires trois fois par
semaine. Un jour, nous avons reçu la visite de la représentante de l’association franco-turque de Sevran qui a dépêché un camion entier. On a reçu chacun un colis avec du riz, des pates, de l’huile, de la farine… C’était Noël !

L’expérience du premier confinement, dans notre malheur, a permis de briser la glace et créer un élan de solidarité entre nous. Nous n’étions plus seuls à souffrir les uns à côté des autres mais tous ensemble. Désormais, on prend soin les uns les autres.

Beaucoup d’étudiants ont perdu leur job avec les restrictions et fermetures. Moi, je travaillais dans l’évènementiel, du jour au lendemain, je n’ai plus eu aucun revenu, et je ne peux pas bénéficier de bourse. Par conséquent, je me suis rendu à
plusieurs reprises aux Restos du cœur. Je voyais des gens qui vivaient une situation pire que la mienne. Ça aide à relativiser, même si j’en ai bavé quand même. Certains jours, je n’avais que du lait ou des yaourts mais je faisais avec ! »

Olga, 24 ans, étudiante en marketing/communication en alternance à la RATP

Reportage à la résidence étudiante Saint-Léger - Vie confinée : à la rencontre des étudiants « fantômes »

« Au début, c’était très dur, je voulais abandonner. Je me disais peut-être que je ne suis pas faite pour ça. Je suis hypersensible et c’est compliqué au quotidien. Je suis suivie depuis un an. Je pensais être la seule à flancher mais je me suis rendue compte qu’on était nombreux à souffrir de cette situation.

C’est très dur, personne ne nous dit que c’est normal de déprimer. Les cours sont intensifs, j’ai l’impression de n’avoir jamais autant travaillé. C’est comme si les profs, puisque tout est fermé, se sont dits qu’il pouvait nous donner du travail en plus. Ils sont aussi très durs, parfois ils nous engueulent dès 8h du matin !

Mais, j’ai réussi à ne pas lâcher, j’ai une force intérieure qui m’a permis de m’en sortir. Et puis j’ai de la chance, j’ai un revenu et un toit au dessus de la tête.

Mais c’est très dur de ne pas pouvoir sortir, d’être enfermée toute la journée. Par chance, on a fait des soirées Uno avec d’autres résidents, ça nous a fait à tous du bien. Quand on entend parler de « génération sacrifiée », je pense à tout ce temps
libre qu’on nous vole.

Après je peux comprendre la décision de fermer les universités alors que le primaire et le secondaire restent ouverts. C’est
normal, ils essaient de prioriser, on ne peut pas s’occuper de tout le monde… Comme on dit, « maintenant, t’as 18 ans, tu te
débrouilles ». J’aimerais bien retrouver une vie normale mais je pense que ça va durer encore longtemps ».

Ibrahima, 24 ans, étudiant en master d’histoire-géographie

« Nous les étudiants, on s’adapte, on a pas trop le choix. Les cours en visio, c’est effectivement compliqué par rapport à un vrai cours… Mais je le fais, je ne veux pas décrocher.

Selon moi, avant d’annoncer la fermeture des universités, il aurait fallu s’assurer que tous les étudiants étaient équipés en
ordinateur et disposaient d’une connexion internet.

Au premier semestre, on avait peu de cours en visio, l’essentiel se faisait avec des documents PDF. Il ne faut pas tout attendre des profs, donc il faut aller chercher soi-même l’information, lire des articles scientifiques. J’avoue que c’est dur ! Le fait de se rendre à la fac et d’être au contact d’autres étudiants, c’était motivant.

Je ne suis pas en première année, donc pas de reprise en présentiel pour moi pour le moment. J’ai un objectif, je pense qu’il y a des gens qui sont plus à plaindre que moi donc je n’ai jamais envisagé d’abandonner mes études. Ce qui me préoccupe néanmoins, c’est que je me destine à devenir guide touristique et je dois faire un stage en fin d’année pour valider mon année, mais les musées sont fermés.

J’avais l’habitude d’aller au cinéma, voir des amis jusque tard dans la nuit, mais tout ça, c’est fini maintenant… Heureusement, on a un groupe Whatsapp avec les autres étudiants de la résidence, on s’échange de petits services, on joue aux cartes.

Pour me changer les idées, dans ma petite chambre où je passe la majeure partie de mon temps, je passe aussi beaucoup de
temps au téléphone avec ma famille et mes amis. Et je ne regarde plus les infos concernant la Covid, ils te font peur, d’un
jour sur l’autre on entend tout et son contraire. »

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