Portrait – Salissou, la soif d’apprendre

Après avoir connu de multiples expériences à l’étranger, les chemins de la connaissance arpentés par le jeune étudiant l’ont mené à Stains.

Pour le natif de Niamey, au Niger, aujourd’hui en service civique au campus de l’Industreet, la clé de sa réussite réside dans la « richesse qu’offre le savoir ». Portrait.

Portrait - Salissou, la soif d’apprendre - Ville de Stains

Animateur lors des journées de recrutement pour l’Industreet, Salissou encourage les jeunes Stanois à postuler à cette école d’un nouveau genre. Ouverte aux 18-25 ans, entièrement gratuite, elle propose des formations diverses aux nouveaux métiers de l’industrie où l’accent est mis sur la pratique et les stages en entreprises.

Issu d’une fratrie de 13 enfants, Salissou part vivre avec sa mère à Ouagadougou, au Burkina Faso, lorsque ses parents divorcent. Il est alors très jeune mais se frotte déjà à l’inconnu, dans un pays étranger, sans repères. Il en fera sa force et son leitmotiv. « Je n’ai jamais eu de problèmes à m’adapter à une nouvelle situation. Même chez les Inuits, je me ferai des amis ! », plaisante-t-il.

Salissou a en effet le contact facile et le verbe haut. Après un passage de quelques années à Abidjan en Côte-d’Ivoire, où il passe son Brevet, il obtient son Bac littéraire chez lui au Niger, un pays « modeste » comme il le décrit, où l’instabilité politique, les conflits claniques et le manque de ressources minent le pays. Se pose alors la question de son avenir, et il choisit de s’orienter vers le droit, poussé par sa mère, afin d’acquérir les connaissances pour « savoir se défendre et ne dépendre que de moi-même ». Sa quête de connaissances débute alors.

LE SENS DE L’ÉGALITÉ

Après avoir obtenu une bourse d’étude, c’est à Fès, au Maroc, que Salissou pose ses bagages, à 18 ans. S’il garde en mémoire la qualité de l’enseignement reçu et les relations étroites nouées avec ses professeurs, il évoque également une société polarisée et souligne les discriminations que subissent les populations noires sur place.

Mais, les remarques ou attitudes déplaisantes à son égard lui glissent dessus sans l’atteindre. « Les discriminations existent partout. Le rejet, c’est le côté noir de la nature humaine. Il faut au contraire s’ouvrir, faire des rencontres pour colorer la vie », balaye t-il d’un revers de la main. Il est en revanche plus disserte sur ses camarades en résidence étudiante qui rechignent à s’acquitter des tâches ménagères.

Salissou insiste en effet sur l’éducation qu’il a reçue, et les valeurs que lui a inculquées sa mère, comptable dans la fonction publique. « C’est quelqu’un de très exigeant, pour elle un homme doit faire le ménage. Ma mère nous a transmis le sens de l’égalité et une certaine ouverture d’esprit ». Sa licence de droit en poche, Salissou poursuit ses études à l’étranger une nouvelle fois afin de continuer à « grandir en tant que personne ».

LE TOUR DE L’HEXAGONE

C’est à Bordeaux que le jeune étudiant débarque, en 2016. Il est accueilli chez une dame à Gradignan qu’il considère aujourd’hui comme sa mère adoptive. « Elle avait ce côté maternel, bienveillant. Sa fille venait de quitter le domicile familiale ». S’il dit s’être préparé à tout en arrivant en France, loin des stéréotypes associés à l’occident, cette rencontre s’avère décisive.

« Je craignais de ne pas trouver de logement, de me retrouver à la rue » Il restera finalement six mois là-bas avant de reprendre la route, direction Grenoble pour un Master 2 en droit civil. Il loge cette fois en résidence étudiante et il y nouera de profondes amitiés. « La vie a été très généreuse avec moi », confie t-il.

Une fois le diplôme en poche, Salissou se lance dans la recherche de stage en cabinet d’avocat, à Paris. Il décroche de précieuses expériences auprès de professionnels aguerris puis décide une nouvelle fois de poursuivre sur le chemin de la connaissance et valide un Master en économie à Paris 13. C’est avec beaucoup d’humilité que Salissou revient sur son parcours hors du commun : « La richesse du savoir a toujours guidé mes pas. Après il y a toujours un peu de chance ou de prière, si l’on est croyant.

Finalement j’ai une part assez minime dans ce qui m’arrive ». Depuis la rentrée de septembre, il travaille dans le cadre d’un service civique au campus de l’Industreet, pour lequel il s’occupe des recrutements. Un nouveau rôle auquel il a su s’adapter, comme toujours.

STAINS AVANT UNE NOUVELLE ÉTAPE ?

C’est dans sa minuscule chambre d’étudiant à la résidence Saint-Léger que nous rencontrons Salissou pour la première fois. La seule pièce est envahie par les nombreux colis à envoyer à ses frères et soeurs. « Je mets de côté chaque année pour leur envoyer des choses, en fonction des doléances. Cela va de produits de beauté à un aspirateur ! »

En première ligne durant la crise liée au premier confinement, il devient l’ambassadeur du Crous pour tous les problèmes touchant les étudiants de sa résidence. Ainsi, il tient à jour un registre et s’enquérit de l’état psychique de chacun régulièrement. Des distributions de denrées alimentaires sont également organisées. Il fait aussi du soutien scolaire auprès de l’association l’Afev à Saint-Ouen.

Une boulimie d’activité pour celui qui cherche toujours à « se rendre utile ». Plus à l’aise dans la peau du « conciliateur » que lorsque il s’agit de prendre parti, Salissou ne sait pas encore ce que l’avenir lui réserve mais une chose est sûre, il ne s’interdira rien. « Je ne suis que de passage ».

• M.B.

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