Éducation – Les raisons de la colère

Le non-remplacement d’enseignants absents parfois depuis plusieurs mois a provoqué la mobilisation de dizaines de parents d’élèves ces dernières semaines.

Blocus, sit-in, manifestations, les actions se sont multipliées pour interpeller sur un phénomène récurrent en ville et dans le département.

Après le blocus de l’école André-Lurçat, une délégation de parents d’élèves de l’école G. Apollinaire s’est rendue vendredi à Bobigny dans les locaux de la DSDEN grâce à un car affrété par la ville. Le maire Azzédine Taïbi ainsi que plusieurs élus étaient également présents pour soutenir la mobilisation et dénoncer avec fermeté le manque de moyen de l’école. © Julien Ernst

«Allez, blocage ! » Sophia, Sandrine, Ilham et les autres parents mobilisés reprennent en coeur : « École obligatoire, remplaçant aléatoire ! » ou encore « Parents mécontents, on veut des remplaçants ! ». Rassemblées devant la maternelle André-Lurçat afin de retarder l’entrée en classe, elles ont décidé de « manifester leur colère ». « Ma grande est une CM2 Covid, Elle est aujourd’hui en cinquième, au collège Barbara.

Elle a eu en tout et pour tout 9 semaines de cours de Français depuis le début de l’année. », regrette Sandrine. Sophia, parent d’élève élue à Elsa-triolet, témoigne de la même situation alors qu’un tambourin résonne en cadence : « Après les évictions et les absences causées par la Covid, des pans entiers du programme ne sont pas vus. Ce ne sont plus des lacunes, c’est un véritable fossé… »

DANS TOUTE SA SCOLARITÉ, UN ÉLÈVE DE SEINE-SAINT-DENIS PERD EN MOYENNE UNE ANNÉE DE COURS

Le désarroi exprimé par ces parents d’élèves, loin de laisser transparaître de la fatalité ou de la résignation, porte en son sein une détermination à combattre une injustice qu’elles savent ancrée sur nos territoires. Pour rappel : le moins doté des établissements parisiens reste encore mieux loti financièrement que le mieux doté des établissements de Seine-Saint-Denis.

À cela s’ajoutent des effectifs d’enseignants remplaçants en nombre réduit, dont la moitié de ceux affectés à Stains sont en arrêt maladie actuellement selon nos informations. Au total, un élève du 93 perd en moyenne une année de cours sur toute sa scolarité, selon les conclusions d’un rapport parlementaire qui ont conduit la municipalité à porter plainte contre l’État pour rupture d’égalité.

À Elsa-triolet, la semaine avant les congés de Pâques, il n’y avait pas de classes de CP, CE1 et CE2. Résultat : les élèves sont répartis dans les autres classes, parfois de niveaux différents et ils patientent comme ils peuvent. « Ma petite est devenue une championne du coloriage ! », ironise Ilham qui « ne tolère pas que sa fille n’aille pas à l’école » ou dans un mode dégradé.

Devant cette situation, de nombreux parents d’élèves ont contacté l’administration qui les a reçus au compte-goutte. Malgré nos multiples relances, ni l’inspectrice, ni le secrétaire général de la Direction des services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN) n’ont souhaité répondre à nos questions.

• MEHDI BOUDARENE

PAROLES D’UNE… ENSEIGNANTE REMPLAÇANTE, DÉLÉGUÉE SYNDICALE AU SNUIPP-FSU 93 :

« Cette question du remplacement des enseignants est systémique. Pour pouvoir compter sur un nombre suffisant de remplaçants, il faut recruter. Pour cela, il faut ouvrir des places au concours, débloquer des moyens…

Et rendre le métier attractif. Dans les Yvelines, sur 1 500 postes à pourvoir, seuls 600 candidats se sont présentés aux écrits. Plus personne ne veut faire ce métier : être payé 1 400 euros avec un bac +5 dans les conditions dégradées que l’on connaît. Malgré des campagnes nationales, le ministère peine à recruter. Le quinquennat qui s’est écoulé aura été celui du mensonge. Le dédoublement des classes de CP/CE1 devait permettre de réduire à 12 le nombre d’élèves. Aujourd’hui, on en est à 15, 16, 17…

Les résultats des évaluations nationales pour ces classes servent avant tout à l’administration. Je suis très inquiète concernant l’avenir. Le statut d’enseignant me paraît plus que jamais menacé. Les dernières propositions d’Emmanuel Macron s’inscrivent dans une dynamique entamée il y a plusieurs années visant à libéraliser l’école, à créer un marché de l’enseignement. La situation est catastrophique.

Dans les jours à venir, nous lancerons un compteur sur le site http://93.snuipp.fr/ recensant le nombre de journées d’absences non remplacées sur le département. J’encourage les parents à se battre, de notre côté nous serons présents pour poursuivre le combat. »

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